En bref : En 2026, Game in France a lancé la nouvelle usine française entièrement dédiée à la fabrication de jeux de société. Implantée à Houdemont, près de Nancy, dans les anciens locaux de L'Est Républicain, ellemarque une étape dans la réindustrialisation d'un secteur historiquement dépendant de la production lointaine. L'initiative est portée par quatre cofondateurs : deux éditeurs de jeux — Blue Orange et Abeilles —, le groupe depresse EBRA, et Hugues Baechel, ex-directeur de l'usine France Cartes. Le projet a mobilisé 5,5 millions d'euros d'investissement, dont 1,4 million dans le cadre de France 2030.
Il y a un paradoxe dans le marché français du jeu de société. La France est l'un des premiers pays consommateurs de jeux au monde. Le pays regorge de créateurs, d'éditeurs, de distributeurs, de boutiquesspécialisées. Le Festival International des Jeux de Cannes attire chaque année des dizaines de milliers de passionnés. Et pourtant, jusqu'ici, la quasi-totalité des jeux vendus en France étaitfabriquée à des milliers de kilomètres — principalement en Asie.
En 2026, quelque chose change. Une usine sort de terre à Houdemont, en Lorraine. Pas une imprimerie reconvertie. Pas un atelier artisanal. Une usine industrielle, pensée dès le départ pour fabriquer des jeux de société. Son nom : Game in France.
Qu'est-ce qui a rendu ce projet possible ?Qu'est-ce que cela dit du marché du jeu en France ? Et pourquoi maintenant ?
Un secteur en pleine croissance, mais une production qui n'a pas suivi
Le boom du jeu de société français
Le marché français du jeu de société n'a cessé de croître ces dernières années. De nouveaux éditeurs se lancent chaque année. Les boutiques spécialisées se multiplient. Le financement participatif a permis à des dizaines de projets de voir le jour. La France est devenue un vivier de créativité ludique reconnu internationalement.
Une fabrication restée très largement délocalisée
Malgré cette vitalité, la chaîne de production est restée, dans sa grande majorité, située en Asie — principalement en Chine —et, dans une moindre mesure, en Europe de l'Est. Ce modèle a permis au secteur de se structurer à grande échelle. Mais il a aussi créé des dépendances que beaucoup d'éditeurs connaissent bien : délais de plusieurs mois, réassorts lents, visibilité limitée sur la fabrication, exposition aux aléas logistiques internationaux.
La question n'était pas de savoir si une alternative locale était souhaitable — beaucoup d'éditeurs la réclamaient déjà. La question était de savoir si elle était industriellement possible et économiquement viable.
L'équation qui a rendu le projet possible
Quatre fondateurs, deux mondes qui se rencontrent
Game in France n'est pas née d'un rêve ou d'un argument marketing. Le projet est issu de la rencontre entre des acteurs du jeu de société et un industriel du façonnage carton — réunis par la conviction qu'une production française était possible, à condition d'en repenser le modèle économique.
Les quatre cofondateurs viennent d'horizons complémentaires : Hugues Baechel, ex-directeur de l'usine France Cartes et aujourd'hui directeur général de Game in France, apporte plus de 20 ans d'expérience dans la fabrication de cartes à jouer. Blue Orange ,éditeur dirigé par Timothée Leroy, et Abeilles, éditeur piloté par Christian Molinari — par ailleurs président de l'Union des Éditeurs de Jeux—, apportent la connaissance fine du marché et des contraintes éditoriales. Christophe Mahieu, directeur général du groupe EBRA, complète l'équation. En engageant le groupe de presse aux côtés du projet avec la mise à disposition des anciens locaux industriels de L'Est Républicain à Houdemont et une expertise en gestion de sites de production. C'est cette combinaison — savoir-faire industriel, connaissance du secteur ludique, infrastructure locale — qui distingue ce projet d'une simple velléité de relocalisation. Une dizaine d'éditeurs de jeux sont également entrés au capital, confirmant l'ancrage sectoriel du projet.
Cette combinaison de compétences — la connaissance du secteur ludique d'un côté, le savoir-faire industriel de l'autre— qui distingue ce projet d'une simple velléité de relocalisation. Une dizaine d'éditeurs de jeux sont aussi entrés au capital, confirmant l'ancrage sectoriel du projet.
La standardisation comme clé de la compétitivité
Le défi principal d'une production française de jeux de société a toujours été le prix. Comment être compétitif face à des usines asiatiques qui produisent à très grande échelle ?
La réponse de Game in France repose sur un modèle de standardisation : proposer des formats de cartes, de boîtes et de composants optimisés, qui permettent de réduire les coûts de production sans sacrifier la qualité ni la créativité des éditeurs. Ce n'est pas du sur-mesure à l'infini — c'est un cadre industriel intelligent, pensé pour couvrir la grande majorité des formats utilisés par le marché.
Ce modèle est ce qui rend la fabrication française économiquement viable pour des séries à partir de 500 exemplaires. Sans lui, le projet n'existerait pas.
Ce que cette ouverture dit du marché du jeu de société
Un signal de maturité du secteur
L'ouverture d'une usine française dédiée n'est pas anecdotique. Elle traduit une évolution du marché : le secteur du jeu de société en France a atteint une taille et une maturité qui justifient une infrastructure industrielle locale.
Quand un secteur crée suffisamment de demande, de régularité et de diversité éditoriale pour faire vivre une usine spécialisée— c'est qu'il n'est plus un marché de niche. C'est une industrie.
Une réponse à des irritants bien identifiés
Les éditeurs ne manquaient pas de fabricants. Ils manquaient d'options. La production lointaine présente des avantages réels pour les grands volumes planifiés longtemps à l'avance. Mais pour une série de cas de plus en plus fréquents — lancements avec fenêtre commerciale courte, réassorts urgents, premiers tirages exploratoires, projets issus du financement participatif — elle crée des frictions que les éditeurs absorbaient faute d'alternative.
L'existence d'un fabricant local spécialisé ne résout pas tout. Mais elle élargit le champ des possibles pour les éditeurs dans leur stratégie de production.
Un mouvement plus large de réindustrialisation
Game in France s'inscrit dans une tendance qui dépasse le jeu de société. De nombreux secteurs en France explorent des modèles de relocalisation industrielle, portés par des préoccupations de souveraineté, de résilience logistique et de proximité. Le jeu de société rejoint ce mouvement avec ses spécificités propres : des produits physiques, une chaîne de valeur bien identifiée, et un marché suffisamment dynamique pour soutenir une production locale.
Les premiers pas : ce qui existe déjà, ce qui reste à construire
Une usine opérationnelle, des premiers clients
L'usine tourne. Les premières productions ont été livrées. Et la liste des éditeurs qui font confiance à Game in France s'allonge — des structures établies comme Blue Orange, Cocktail Games, Bombyx, Auzou, Blam ou The Flying Games, aux éditeurs indépendants et aux nouveaux entrants.
Les machines tournent, les premiers jeux sont livrés. Game in France est passée du projet à la réalité industrielle.
→ Pour découvrir l'usine, ses équipes et ses équipements : Notre usine
→ Pour consulter les formats et composants disponibles : Fabrication
Ce qui arrive en 2027
Game in France prépare plusieurs évolutions pour 2027 : un configurateur en ligne qui permettra aux éditeurs de composer leur jeu et d'obtenir un devis directement, un espace client pour suivre les fabrications et la certification FSC de l'usine elle-même. Ce sont des étapes importantes pour passer de la phase de lancement à une infrastructure de production pleinement intégrée.
L'ouverture de Game in France ne marque pas la fin de la production lointaine. Elle marque le début d'un choix. Pour la première fois, les éditeurs de jeux de société en France disposent d'une alternative industrielle locale, spécialisée, opérationnelle.
Ce qui est en jeu dépasse un simple outil de fabrication. C'est la question de la résilience, de l'autonomie et de la capacité du secteur du jeu français à maîtriser sa propre chaîne de valeur.
Le chemin est encore long. Mais il a commencé.
→ Découvrir Game in France
Cartes sur table
Pourquoi les éditeurs français ne travaillaient-ils pas avec une usine française dédiée aux jeux de société auparavant ?
Principalement pour des raisons économiques : les coûts de production en Asie étaient sensiblement inférieurs, et le volume du marché français ne justifiait pas un outil industriel local. Le modèle de standardisation de Game in France change cette équation en optimisant les formats pour réduire les coûts.
Game in France va-t-elle remplacer la production en Asie ?
Non. Les deux modèles répondent à des besoinsdifférents. La production asiatique reste pertinente pour les très grands volumes planifiés sur des calendriers longs. Game in France propose une alternative pour les cas où la réactivité, la proximité et les volumes ajustables sont prioritaires.
Quels types d'éditeurs peuvent produire chez Game in France ?
Des éditeurs de toute taille : grands groupes,structures intermédiaires, éditeurs indépendants, créateurs en auto-édition. Les commandes sont possibles dès 500 exemplaires.
Où se trouve l'usine ?
À Houdemont, en Meurthe-et-Moselle, enpériphérie de Nancy — à moins de 550 km des principaux distributeurs de jeux de société en France.
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